Claudio Parmiggiani, l’empreinte comme signe de l’absence

C’est dans une ambiance très calme et sobre que Claudio Parmiggiani s’expose à la galerie Pascal Retelet. Si l’exposition ne présente que trois œuvres de l’artiste, celles-ci reflètent sa singularité dans le petit monde de l’art actuel. Ces  trois tableaux de grand format viennent nous signifier l’absence par des grandes ombres lumineuses.

Ces formes fantomatiques ne sont le résultat d’aucunes interventions manuelles directes. L’artiste a disposé des objets dans une pièce puis, il a allumé un feu au centre. Une épaisse fumée noire se dégage et vient alors maculer toutes les surfaces. Une fois la combustion terminée, l’œuvre apparaît. Elle est le résultat d’une démarche volontaire de l’artiste et des lois du hasard. Les empreintes lumineuses symbolisent la vie de l’homme dont le départ laisse des traces.

A partir de cette technique complexe au résultat troublant et très symbolique, Claudio Parmiggiani nous raconte la vie en une seule image. Cette empreinte synthétise à elle seule la destinée humaine : la vie et la mort, la présence et l’absence, elle donne à voir ce qui fut et ce qui est. Cette empreinte cristallise les différentes notions de temps. Un corps humain qui à un moment donné s’est laissé piéger par la suie pour ensuite disparaître, s’en aller. Comment ne pas penser à Pompéi et à ces corps capturés par la lave ou à ces mains qui ornent les grottes de Lascaux ?

Depuis la nuit des temps, l’homme laisse son empreinte pour signifier sa présence comme sur les parois des grottes préhistoriques. Dans l’art contemporain, Yves Klein s’est aussi intéressé à l’empreinte. Comment signifier la présence par l’absence même ? Comment témoigner de son passage à un moment donné dans un lieu précis?

L’empreinte fascine par l’ambiguïté qui lui est intrinsèquement liée. Elle nous montre quelque chose, quelqu’un qui a été mais qui n’existe plus que par cette empreinte. C’est le témoignage de la vie mais aussi de la mort, elle nous raconte la vie capturée à un moment donné. Elle nous montre l’homme qui accède à la lumière.

Claudio Parmiggiani qui vit et travaille à Turin est un artiste italien qu’on espère revoir bientôt et dans une exposition de plus grande envergure afin de rendre hommage à son talent mais aussi à sa singularité dans le paysage artistique contemporain. Sa démarche personnelle rentre difficilement dans un quelconque carcan stylistique. Proche d’une certaine figuration tout en utilisant une technique très aléatoire qui le lie avec une tendance de l’art abstrait, Parmiggiani ne rentre pas dans le rang.

Peter Madsen: Histoire d’une mère

Le Centre Belge de la Bande Dessinée rend hommage à Andersen, dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance, et présente l’adaptation en BD du conte Histoire d’une mère par Peter Madsen (paru aux éditions Delcourt). Ce conte n’est certainement pas le plus connu de l’auteur danois mais il risque de connaître une plus large popularité grâce aux dessins de Madsen, dont les originaux s’exposent au CBBD.

Histoire d’une mère est un conte initiatique sur la maternité et l’acceptation de la mort, thème souvent présent chez Andersen. Une mère veille son enfant malade depuis plusieurs jours, quand, dans le froid de l’hiver, un vieil homme vient frapper à sa porte. Il s’agit de la Mort en personne qui repartira en lui enlevant son enfant. Cette mère au désespoir part alors sur les traces de la Mort afin de lui reprendre son enfant. Elle traversera différentes épreuves symboliques avant de retrouver la Mort et de la supplier de lui rendre son enfant.

Peter Madsen s’est détaché du texte pour le traduire par des images fortes aux tonalités sourdes et au graphisme dépouillé. Alors que le thème est difficile et que le choix de couleurs sombres aurait pu s’imposer, Madsen a préféré donner du rythme à ce récit tragique par le choix d’une large palette de couleurs qui symbolisent les étapes franchies par la mère. Il n’en fait pas une illustration au mot à mot mais reste totalement fidèle au conte d’Andersen.

Madsen a perçu toute la symbolique de ce récit qui va plus loin que la perte d’un enfant. Il s’agit de montrer le chemin parcouru pour accepter la mort d’un être cher. Ici, la mère traverse différentes étapes où les émotions se succèdent, de la douleur et de tous les états physiques ressentis à l’acceptation de la tragédie. Ses images traduisent aussi la solitude d’une mère face à cet événement dramatique.

La rencontre de deux langages populaires, le conte et la bande dessinée, offre une lecture plus approfondie et donne une nouvelle vie à ce récit méconnu d’Andersen. Un décryptage des différentes planches nous permet d’aller plus loin dans la compréhension du conte. L’exposition nous montre aussi les hésitations de l’artiste dans ses recherches graphiques : les différents essais avant de trouver le dessin qui reste finalement au plus près du texte et en traduit sa profondeur.

L’exposition se veut très didactique et offre au visiteur des clés de lecture pour cette B.D. Des choix de couleurs ou d’angles de vue qui pouvaient sembler anodins s’avèrent être très réfléchis et étudiés. Le processus de création est lent, il aura fallu 15 ans de maturation à Peter Madsen avant d’adapter ce conte d’Andersen.

D’origine danoise, Peter Madsen est connu pour son adaptation de l’histoire de Jésus de Nazareth et celle de Job en bande dessinée. La série Valhalla qui met en scène des dieux danois traduisaient son intérêt pour l’histoire de son pays. Ses qualités de synthèse graphique présentent dans Histoire d’une mère avaient déjà pu se dévoiler dans ses illustrations pour des livres, des affiches et des couvertures de C.D.

Si cette exposition est à découvrir pour Madsen et son approche de l’Histoire d’une mère, le Centre Belge de la Bande Dessinée est un lieu à (re)découvrir absolument pour tous les passionnés (de près ou de loin) de B.D mais aussi d’architecture. Œuvre d’Horta, il s’agit d’un des rares bâtiments à avoir survécu à la bruxellisation…

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